Stupeur lors du dernier Conseil Municipal. Nous avons eu droit à un long monologue du Maire et de son adjoint aux finances. Accusés d’erreurs dans les chiffres et d’atteinte à l’honneur de l’équipe municipale et de tous les agents de la ville, nous avons assisté à une sortie pour le moins agressive — et surtout très péremptoire.
Qu’est-ce qui a bien pu déstabiliser notre maire à ce point ? En cause : l’usage du mot « trou » semble-t-il ? Ils ont entendu « trou dans la caisse ». Nous parlions simplement du décalage entre le budget prévisionnel et le budget réalisé de 2024. Peut-être que le terme « chute brutale et dangereuse » aurait été plus accepté ?
Qu’on se rassure : personne n’a soupçonné une escapade budgétaire à Honolulu des élus de la majorité !! Le budget est également tout à fait sincère et transparent. Nous n’avons fait qu’assumer notre mission d’élus d’opposition : analyser le budget — un travail bénévole et souvent ingrat — face à une majorité… rappelons-le, indemnisée pour cela.
Voici quelques chiffres pour vous faire votre propre opinion.
Des chiffres en chute libre
Nous avons constaté des écarts majeurs entre ce qui était prévu et ce qui a réellement été dépensé en 2024 dans les finances de la ville.
Nous avons utilisé le mot « trou ». On aurait tout aussi bien pu dire « déficit », « déséquilibre », « écart » ou même « décalage » — des termes classiques dans tout débat budgétaire sérieux en Conseil Municipal.
Mais cette fois, ce simple constat semble avoir profondément déstabilisé notre maire. Pourquoi ? Parce que nous avons pris le temps d’analyser — chiffres à l’appui — la chute financière que connaît Bussy.
Et pour ceux que la finance ennuie, pas de panique : on vous a mis un tableau comme preuve. Les données viennent de deux documents officiels publics : le rapport d’orientation budgétaire (ROB) voté le 30 janvier 2024… comparé au même ROB voté un an après, le 30 janvier 2025.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre les dépenses de fonctionnement prévues pour 2024 (colonne 1) et les dépenses réellement annoncées un an plus tard (colonne 2), on observe une envolée de 8,1 millions d’euros. Soit une hausse spectaculaire de +20 %. Et même +25 % en trois ans. À titre de comparaison, la moyenne nationale pour les autres communes est autour de +4,4 % en 2024. Bussy explose donc littéralement les compteurs.

Chute des indicateurs de bonne santé financière de la ville
Mais ce n’est pas tout. L’épargne brute — c’est-à-dire ce qu’il reste à la commune une fois toutes les dépenses de fonctionnement payées — s’effondre : –6,7 millions d’euros entre le prévisionnel et le réalisé.
Le taux d’épargne brute (indicateur de bonne santé financière) quant à lui dégringole de 15 % à seulement 1,8 %. Nous étions habitués à Bussy Saint Georges à des Taux d’épargne Brute entre 15 et 21 % depuis 2016. On observe une très forte chute de ce taux en 2024. Voici l’extrait du document public d’orientation budgétaire ci-dessous.

Et que l’on soit clair : ces chiffres ne viennent pas de l’opposition, mais de documents officiels transmis par la majorité elle-même. Notre rôle, en tant qu’élus d’opposition, c’est de les analyser, de poser des questions, et d’alerter lorsqu’il y a lieu. C’est précisément ce que nous avons fait.
Et ce n’est pas fini. On constate aussi une chute brutale de 8 millions d’euros de l’épargne nette (autre indicateur de bonne santé des villes). Pour rappel, l’épargne nette, c’est ce qu’il reste vraiment à la commune pour investir, une fois toutes les dépenses de fonctionnement payées et les remboursements d’emprunts effectués (hors intérêts). Autrement dit : c’est la capacité réelle à investir sans s’endetter davantage. Or, en 2024, cette épargne nette devient négative.
Cela signifie deux choses graves : 1/ la ville ne peut plus investir sans emprunter ; 2/ pire encore, elle n’a même plus les moyens de rembourser ses emprunts sur ses propres ressources.
Et encore une fois, ce ne sont pas nos interprétations. Ce sont les chiffres officiels, publiés noir sur blanc dans le Rapport d’Orientation Budgétaire 2025 de la ville de Bussy-Saint-Georges.
La chute est d’autant plus inquiétante quand on regarde l’évolution depuis 2016 du taux de couverture des investissements par l’autofinancement. Ce taux s’effondre. Et avec lui, la capacité de la ville à préparer l’avenir sans creuser la dette. On passe de plus 25 % environ à moins 14 % !

Une durée de désendettement qui s’envole
Et ce n’est pas le seul point d’alerte que nous avons soulevé. Dans le Rapport d’Orientation Budgétaire (ROB) voté le 30 janvier 2025 figure un autre indicateur particulièrement préoccupant : le délai de désendettement passe de 5 à 42 ans (voir figure ci-dessous).
❗ Or, la zone d’alerte est fixée à 12 ans.
Autrement dit : Bussy dépasse plus de 3 fois le seuil critique.
Encore une fois, ce ne sont pas nos chiffres : ce sont ceux produits et validés par la majorité municipale elle-même. Nous nous sommes contentés de les lire, de les comprendre… et de faire notre travail d’élus en signalant ce que cela implique : une trajectoire financière dangereuse pour l’avenir de Bussy-Saint-Georges.

Et pourtant, lors du Conseil Municipal de mars 2025, le Maire a affirmé que le niveau d’endettement de la commune ne posait aucun problème, ni par son montant, ni par sa durée. Cette déclaration laisse perplexe !
Malgré l’agressivité, nous avons été entendus
Ce débat budgétaire a eu lieu en janvier. Entre-temps, visiblement la majorité a revu sa copie ! Donc, en mars, les chiffres avaient évolué !! Tant mieux… Nous osons espérer que nos interventions du Conseil Municipal de janvier ont contribué à ces ajustements ultérieurs.
Nous avons donc essuyé une avalanche d’agressivité en mars dernier pour avoir analysé, en toute bonne foi, un document d’orientation budgétaire public soumis par la majorité elle-même en janvier dernier !!
Nous analyserons avec la plus grande attention la clôture du budget 2024, prévue en juin prochain. Et nous resterons vigilants : vigilants sur les chiffres, mais aussi sur les méthodes. Il n’est pas acceptable que des élus soient publiquement pris à partie simplement parce qu’ils pointent des déséquilibres budgétaires réels, documents officiels à l’appui.
Affaire à suivre !!!